Le jour où je me suis mariée

 

 

3 décembre 2013. Huaraz. Il y a cinq jours, je me suis mariée à un Français. Mon mari s’appelle Paul, il est parisien, chirurgien et il a 34 ans. Entre nous, c’est l’amour fou!

 

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J’aime bien Paul. Il m’a sauvé de bien des situations compliquées. Mais je vous vois déjà paniquer en vous disant : « qu’est-ce qu’elle a encore foutu? », rassurez-vous, Paul est avant tout mon mari imaginaire! Comme j’étais tannée de me faire accoster à tout bout de champ avec pour seule question « Soltera? », j’ai décidé de m’acheter une bague et de faire entrer Paul dans ma vie. Pour le moment ça marche plutôt bien mais on me demande souvent où est ce brillant grand et beau chirurgien. Paul, si tu m’entends, je t’attends!

 

C’est fou comme l’on peut être vulnérable quand on voyage seule, et qu’en plus, on vous repère à des kilomètres à la ronde parce que vous êtes blonde. Il faut dire que jusqu’à Iquitos, je m’étais plutôt entourée de routards, mais que depuis, je n’ai pour seuls compagnons de voyage que des Péruviens, des poules, des cochons ou des dindons. Peut-être devrais-je réemprunter des routes plus touristiques?!

Petite parenthèse :

L’avantage (ou l’inconvénient parfois) quand on voyage hors des sentiers touristiques, c’est que l’on vit au plus près des populations locales et que l’on adopte leurs modes de vie. L’autre jour, par exemple, dans le bus qui m’emmenait en direction de Huaraz, j’étais étonnée de voir un mouton (vivant), lié par les quatre pattes, se faire mettre dans la soute à bagages comme un vulgaire morceau de viande, suivit de près par quelques dindons. « La vie à la campagne », me suis-je dit. Mais en prenant place dans le bus et en voyant mon voisin s’asseoir avec ses deux coqs sur les genoux, je commençais à me demander si je ne m’étais pas trompée de bus.

-          Trujillo, oui oui, c’est bien ça. Il vous faudra changer de bus là-bas pour rejoindre Huaraz. Comptez une quinzaine d’heures puis un autre 7 heures de bus.

 

15 heures avec des « cocorico » dans vos oreilles, vous imaginez? J’adore les animaux et la campagne, mais là quand même… En plus, pas de chance, c’était un bus de jour… Pourquoi emmener ses coqs pour un si long trajet? C’est la question que j’ai posée à mon voisin, qui m’a répondu tout naturellement : « Bah, pour faire un cadeau à mon père ». Aaaah oui, d’accord… Tu sais, une boîte de chocolats et une bouteille de vin, ça marche aussi!

Coucher de soleil sur l'Amazone
Coucher de soleil sur l'Amazone

Bref, revenons-en à notre bague et à nos Péruviens dragueurs. Dragueurs oui, mais n’empêche que la semaine dernière, en voulant quitter Iquitos, j’étais bien contente de m’être mis dans la poche le capitaine du bateau. J’avais acheté mon ticket pour rejoindre la ville de Yurimaguas par bateau (encore 3 jours de voyage), mais le départ était seulement prévu le lendemain. Comme j’étais pressée de partir, le capitaine m’avait autorisé à dormir sur mon hamac à bord du bateau. Quelle idée n’avais-je pas eu? Je pensais que d’autres passagers se seraient joints à moi, mais les heures défilant et la nuit tombant tôt (vers 18 heures), je devenais à chaque minute un peu plus seule. Les employés, tous masculins, allaient se coucher un à un dans leur cabine, en me jetant un regard traduisant que j’étais bien naïve de dormir seule ici. Dans le port, rempli d’ordures (l’Amazone est malheureusement une poubelle à ciel ouvert pour les Péruviens) et de chiens errants, les taxis désertaient, les gardes fermaient leurs guitounes, les pauvres badauds sans maison, eux, restaient, à scruter le bleu de la nuit. Autant vous dire que je ne faisais pas ma maligne, toute seule sur mon hamac, dans ce grand cargo, au milieu de cet univers rempli de testostérone. Vers 20 heures, voyant que je rumine dans mon coin, le capitaine vient me voir. J’en profite pour lui dire que je ne suis pas très rassurée et faire mon air de chien battu. Il n’aura pas mis 30 secondes pour me proposer une cabine à l’étage, seule et avec un cadenas. Alléluia! Il faisait une chaleur à faire rôtir un poulailler dans les deux mètres carrés qui me servaient de chambre, mais au moins, j’étais en sécurité, et mes affaires aussi! 

Le lendemain, au moment du départ, j’avais une nouvelle bague ultra kitsch à mon doigt!

 

Alors aujourd’hui j’ai quitté mes dindons et mes coqs et je suis à Huaraz, en auberge de jeunesse. J’ai retrouvé d’autres routards, la santé et des températures plus supportables. 4 500 mètres d’altitude m’attendent demain, je vous dis bonne nuit!

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Commentaires : 3
  • #1

    Coquet Christophe (jeudi, 30 janvier 2014 22:09)

    Bonsoir,

    J'ai arrêté de voyager parce que je tombais toujours sur des gens comme vous, qui n'aimaient que se retrouver entre eux (entre "routards"), méprisaient les locaux (offrir une poule au lieu d'une bouteille de Bordeaux, quels beauf !), et ramenaient toujours tout à leur petite personne (ah, le récit de votre réveil de mauvaise humeur dans la famille qui vous avait accueillie pour la nuit). Le pire est que vous pouvez maintenant raconter vos misères au monde entier, et au quotidien ! Allez, bons voyages quand même et profitez bien du monde !

    Christophe Coquet

  • #2

    danslavalisedecamille (jeudi, 30 janvier 2014 22:29)

    Si vous aviez lu mes chroniques depuis le début, vous vous rendriez compte que j'écris tout ça sur le ton de l'humour. Et que je ne fais que de vivre avec des locaux. J'adore chaque expérience que je vis et spécialement des nuits comme celle du bus.Ce sont des anecdotes de voyage. Mais si en lisant deux récits, vous vous faites de tels avis, c'est que vous devez mépriser la plupart des gens qui vous entoure. Dommage si les voyages vous ont rendu aigri.

  • #3

    Michèle Yan (dimanche, 09 février 2014 09:58)

    Je me permets une incursion dans cet échange pour signaler que les locaux et les routards sont des individus issus de la même souche. Avec des gens formidables et des gens grognons dans les 2 cas. J'ai également croisé les 2 "genres" et trouvé autant de fréquentables et non fréquentables dans les 2 cas. Je reste convaincue que la richesse des rencontres tient d'abord à son propre état d'esprit lui-même parfois influencé par son état de fatigue. Je préfère les récits de Camille qui décrivent l'alternance, bien réelle, de baisses de régime et d'exaltation, qu'un récit désincarné tendant à nous faire croire que seuls les locaux des autres pays sont fréquentables. Après tout, nous sommes tous les locaux de quelqu'un d'autre, question de perspective non ?
    Michèle